D'un atelier de gantier à un rite du soir
Comment un atelier qui habillait des mains dans toute l'Europe en est venu à rythmer chaque soirée d'un même rite, du premier joueur au dernier.
Du premier arrivé au dernier parti
Chaque soirée commence de la même façon : quelqu'un pousse la porte le premier, avant même l'heure d'ouverture parfois, et choisit sa table avant les autres.
Entre ce premier geste et le dernier, la maison suit toujours le même rythme, étage par étage, jusqu'à ce que les jetons rentrent tous au comptoir.
Et quand le dernier joueur s'en va, un peu avant minuit et demi, les lumières s'éteignent dans le même ordre qu'elles se sont allumées.

Le premier
Choisit sa table avant tous les autres.
Le milieu de soirée
Les six tables tournent, étage par étage.
Le dernier
Referme la porte, jetons rendus.
Un atelier de gantier rue du Temple
Millau a longtemps compté parmi les premiers fournisseurs de gants d'Europe : des dizaines d'ateliers tannaient, coupaient et cousaient la peau, souvent sur plusieurs étages d'un même bâtiment.
Le nôtre suivait le même schéma : le tannage au rez-de-chaussée, la coupe au premier étage, la couture au second, et le séchage sous les combles.
Quand l'atelier a fermé, les trois étages sont restés vides plusieurs années, avant de rouvrir en cercle de cartes, en gardant la même répartition.

Le tannage
Rez-de-chaussée, devenu notre comptoir.
La coupe
Premier étage, devenu la grande salle.
Le séchoir
Sous les combles, gardé comme réserve.